mercredi 1 février 2017

Méditation au pied de la Flamme



Salve Domina Dea Flammipotens ! Aufer, precor, et tuere caput !
Salut, Dame Vesta ! Veuille éclairer ma lanterne de Ta flamme bienveillante, pour que j’expose à tous Ta puissance et Tes bienfaits, comme il est juste !


Les Puissances Éternelles s’avancent à travers toutes choses, et leur providence traverse l’univers de part en part.
Jaillissant de leur source ineffable, elles se distinguent à l’unisson dans la Prairie Intelligible, puis, déployant leurs splendeurs dans les jardins de l’âme, elles viennent jusque dans les vallées sensibles illuminer nos vies quotidiennes, à telle enseigne que rien dans l’univers n’est jamais privé de la présence divine.
Ainsi, Dame Vesta, Ta lumière provient des régions inconnues qu’aucun œil mortel jamais n’a perçu, et où l’âme éblouie par l’évidence éclatante ne peut voir que la nuit. C’est en cette Nuit profonde que chaque Immortel puise son origine, mais Toi, Vesta, Tu es la première à en être surgie.
Comment pourrait-on Te décrire, Déesse ? Tu es la Divinité même et nos mots sont indigents devant Ta surabondante clarté ; ils sont insuffisants à Te contenir.

Sur la Prairie Intelligible

Vesta est en effet la racine même de la Divinité : Elle est l’Être qui se rend visible dans la lumière. Au matin du monde, c’est Elle qui alluma pour tous l’existence, rendant visible tout ce qui auparavant gisait, caché dans les ténèbres. Elle est comme la Signature du Sans Nom, la Primignature. C’est pourquoi les Hellènes lui sacrifient en premier en toute occasion.
Car de l’Un, on ne peut rien dire, on ne peut même pas le penser : qui pense l’Un le perd aussitôt et qui le dit le divise en sa devise même. Mais dans la Nuit sans fond ni bord, une lueur s’est levée, sans raison ni pourquoi, comme un témoin fidèle et muet de l’Inconcevable.
Elle s’est dressée comme la sentinelle de l’Indicible, la Veilleuse de l’Infini. Elle a jailli soudainement, en cet instant qui n’eut jamais lieu mais qui dure toujours, du frottement sans fin des ténèbres contre elles même, de l’affliction du Néant sur sa propre absence, de la friction du vide avec le rien. Elle a changé le deuil en Dieu.
C’est en Elle et en Elle seule que la Divinité se connaît et se voit. Elle en est à la fois le cœur et l’œil. C’est en Elle que Dieu se complet et s’émerveille : Elle en est la substance manifeste, la Protousie, la chair infinie ; Elle est la Terre ignée sur laquelle Dieu a lieu, l’Empyrée qui flamboie au-delà des étoiles, le champ d’ailes d’où proviennent nos âmes…
Allumée dans le vide infini, Elle l’occulte entièrement, Ô merveille, en son giron de lumière. Ainsi, c’est en Elle que Dieu s’est fait Dieu, c’est en cette claire matrice que Dieu s’est fait à lui-même présent. Vesta est la Haute Flamme, matrice incandescente de l’Être, sommet ardent de toute nature : elle est le Foyer éternel de l’Olympe, point de tangence du Monde avec son indicible origine, étoile polaire. C’est pourquoi Proclus écrit qu’Elle « contient les sommets de l’Univers » (Théologie Platonicienne). Elle convertit de toute éternité l’Infini en Un fini.
C’est en Elle, donc, et en Elle seule, que toute divinité a personnalité : suspendue au non-être comme une goutte paradoxale, elle est l’Hypostase Première, masquant l’Absolu de son humble lumière ; elle est l’Humière, paradoxe vivant et vie paradoxale, qui consent à manifester l’Inexprimable et à naître d’une colonne de cire où Elle vient se refléter.
Ainsi est-Elle à la fois la Mère et la Fille de toute divinité ; à la fois base et sommet de toute réalité. En Elle, toute chose prend racine et s’épanouit dans la perfection, car elle est l’Idée des Idées, la Protidée, éther vif et terre intelligible. Ainsi, Plotin dit de Dieu (Ennéade VI, 8 : 14) « C’est comme s’Il S’appuyait sur Lui-même et s’Il jetait un regard sur Lui-même » : ce regard souverain qui fonde l’existence comme expérience de soi, ce regard qui est cause simultanément de Lui-même et des autres, c’est Vesta en tant qu’Œil Solaire, comme nous le verrons un peu plus bas. Elle fonde en outre la béatitude infinie de Dieu en tant qu’il jouit de sa propre splendeur, son existence comme extase en exultation d’ampleur sans limite, son éternité comme jubilation sans début ni fin.
Image féminine de l’Unité, Elle est cette Unité elle-même qui rayonne lorsqu’elle est participée. Agir, pour Elle, c’est briller, c’est là son acte unique et royal, qui la fait « siéger à jamais » (Premier Hymne Homérique à Hestia, 3) établissant la Demeure qui lui est consubstantielle, la Regia. Sa présence primordiale fonde sa préséance sur toutes choses, en tant que manifestation focale du Bien qui se communique de lui-même, sans limite, et sans être diminué.
Cette flamme qui se donne entièrement à chaque instant, et dont la lumière symbolise pour nous la Conscience, est encore Amour par sa chaleur. Cet amour sans limite manifeste la liberté absolue du don de soi, la jouissance de se trouver à l’instant même où l’on s’est perdu : plénitude paradoxale du don infini d’une infinie fécondité, origine d’un rayonnement lui-même sans fin. Cette Amour absolu est l’essence même du soleil, qui se manifeste simultanément, de manière paradoxale, en la personne d’Apollon et en celle de Dionysos, tous deux images de la sainteté dans la sagesse comme dans la folie.
Là-bas, la flamme d’Hestia est infinie, elle est à la fois terre et feu, immense prairie de flammes humides où toutes choses sont appelées à se manifester. Elle est la table ardente et pure où tout être est invité à sa propre existence, car tous sont les convives d’Hestia, en tant qu’Elle est, par son nom sacré, le Repos (Hesychia), le Repas (Histiè), et l’Essence (Ousia), comme nous l’enseigne le Divin Platon. Elle manifeste toutes choses dans la bienheureuse simultanéité de l’Intelligible comme étant Sa corolle de splendeur.
Si Hermès, son chevalier servant, profère toutes choses à l’extérieur par la flamme sonore du Logos, Hestia montre toute chose par la parole ignée de l’Eidos. C’est en Elle en effet que tous, nous avons notre existence et notre repos, car la Déesse est une langue qui nous adresse cet appel silencieux : « Tu es ». Elle est cette Mère aimante qui instaure la conscience que nous avons de nous-mêmes et nourrit notre présence à nous-mêmes, comme une flamme unique et pourtant innombrable, qui se communique à tous et à chacun sans jamais diminuer sa clarté. Elle nous embrasse tous en son embrasement, elle fonde notre unité intime comme elle fonda en l’Un l’intime infinité.
De sa langue dressée, Elle profère toute lumière, et chasse toute confusion par la diffusion du sens qu’Elle montre par son corps même, direction primordiale de verticalité.

Dans les jardins de l’âme

Fuselée comme une amande, la flamme vestalienne déroule le fil de l’être comme le fil du regard de son œil. Elle tresse ainsi le lien cordial qui descend d’œil en œil et de symbole en symbole à travers les mondes jusqu’aux Enfers où règne Perséphone. Il n’est pas un lieu en ce monde qui ne soit, grâce à Vesta, de mèche avec l’Absolu (Fig. 1). Car son regard est en même temps la lumière voyante, efficace et opérative, qui tisse désormais les fils de l’Existence. La Déesse a déployé par sa clarté une sphère où toute chose est contenue ; sphère dont Elle est le centre omniprésent et dont Elle étend la circonférence à l’infini. C’est en mémoire de cela que ses sanctuaires sont ronds comme le soleil, le prytanée du Monde, foyer sacré de l’Immensité.
Elle est Celle qui rend visible toutes choses ; en Elle s’illustre toute image, se déploie toute splendeur, comme la Rose qui partage son parfum et qui, toujours déshabillée, n’est pourtant jamais nue ; La flamme, toujours effeuillée, garde son mystère au cœur de sa lumière, qu’elle donne sans compter. Mère de toute image, elle n’a Elle-même pas d’image, car Elle est l’Image par excellence, en qui se conjoignent le regard et l’objet regardé. Elle est la Primagie, la Proticône, à la fois une et nue puisqu’habillée de sa propre vision.
Perchée au centre de toute chose, elle en est l’intériorité, elle en affirme l’identité ; cachée dans l’intime quiddité des êtres comme une amande ignée, Elle en assure la manifestation extérieure (Fig. 2). C’est par Elle que nous avons l’intuition de l’essence ultime de chaque chose, si nous savons contempler sans disséquer. Elle est la Maîtresse de toute contemplation, et par concentration, déploie tout domaine en demeure et abolit toute effraction entre extérieur et intérieur. Et c’est là le secret de sa virginité : la flamme ne peut être pénétrée par rien qui ne soit elle-même.
Convertissant vers l’intérieur ce qui est extérieur, Elle subtilise les substances par son adorable et odorant mystère ; en retour, Elle rend manifeste tout ce qui est caché et coagule tout ce qui est subtil. Voilà pourquoi elle est la Porte de l’Imaginal : Elle spiritualise les corps et corporifie les esprits. Elle rend fragrant ce qui était pesant et flagrant ce qui était occulte. Elle est à l’origine de la conversion des êtres corporels et de la procession des êtres spirituels. En Elle réside le secret de la permanence, tant supérieure qu’inférieure : Elle en est la Puissance. Elle est le moteur de la convection de L’Être et de l’immobile révolution du Cosmos (Fig. 3).
Ainsi, toute nature, supérieure comme inférieure, est ordonnée à Hestia. L’Univers en effet est formée de l’entrelacement hiérarchique de trois Natures : au sommet de l’univers, l’ordre primordial correspond à la Nature Naturante, sur laquelle règne Rhéa, l’Abondance absolue, la Nature Intégrale, épouse de l’Intellect, Saturne. Sur la Nature médiane, naturée, et déployée comme une âme, règnent Héra, Artémis et Athéna, qui en explicitent les raisons. Enfin, parce qu’elle est passive, cette Nature Naturée ne peut se maintenir elle-même et doit s’écouler indéfiniment dans le devenir : c’est la Nature Sensible ou Nymphale, dominée par l’alternance des jours et des nuits, des vies et des morts, et c’est sur elle que règnent Déméter et Coré, sa Fille aux belles chevilles (Fig. 4).

C’est au milieu de ces six Reines que rayonne Dame Vesta : elle est la Septième, et se tient simultanément en haut et en bas, comme Hécate (Fig. 5).
Car elle est la Vie par excellence, la Vie souveraine ; et s’il est vrai que chaque Dieu, comme l’enseigne Proclus, possède deux mouvements fondamentaux : un mouvement de conversion vers soi-même et un mouvement de conversion vers son Principe, Hestia, en chaque Puissance Divine, est la Puissance de conversion vers soi-même. Elle est la vie propre de chacun des Bienheureux, le centre immobile et stable de son domaine d’action, l’essence même de sa souveraineté divine, sa Présence Efficace. Et le Présent se fit serpent…
C’est en vertu de cette vérité sacrée que les Egyptiens dans leur sagesse ont donné à Vesta l’apparence d’un serpent femelle dressé, au cou gonflé, l’Oudjat. Sur le front auguste de chaque Puissance souveraine, en effet, Elle se dresse en sifflant comme reflet de l’Idée Primordiale par laquelle Dieu se saisit lui-même comme Personne Suprême. Cette Uraeus, qui brille au front des Divinités comme la flamme sur la cire d’une chandelle, est comme un œil supérieur, marque visible de leur conscience totale et de leur présence éternelle. Cet Œil évidentiel est la matrice de l’auréole qui déploie l’être au monde spécifique à chaque Dieu, son domaine ontologique, qui est à la fois distinct et identique de ceux des autres Dieux (Fig. 6). Car les Dieux sont les uns les autres, sans séparation ni confusion, c’est là le secret de leur allélousie, et c’est dans la Flamme unique et innombrable d’Hestia qu’il faut la contempler. Et cette allélousie bienheureuse des Immortels nous est confirmée dans les Mythes sous la forme de leur Festin éternel.
Que Vesta dit-Elle de nous-mêmes ? Et que nous révèle-t-Elle de notre âme ?  Car les vérités universelles et divines assurément se reflètent dans les vérités humaines et particulières ; et si la Déesse est le foyer de la Maison Commune, la lumière du Monde, Elle est en même temps le foyer intime de chacune et de chacun de nous en tant que microcosme.
Lorsque la Divinité, dépourvue de toute jalousie, détacha d’elle-même une parcelle pour nous donner l’existence, telle un brasier d’amour d’où une étincelle avait soudain jailli,  Vesta est comme cette graine ignée qui fut semée en nous de toute éternité : elle est l’éclat natif de la Di-ignitas, l’ignitude des Dieux qui se manifeste dans la dignité inhérente à toute personne humaine ; et c’est cet héritage  sacré qu’il nous faut faire croître et fructifier dans la Majesté, en prenant soin de notre âme, et en cultivant ses vertus afin que notre conscience, signe efficace de la Déesse en nous, soit augmentée. Et lorsque la flamme gagne en hauteur, le cercle de clarté qu’elle projette augmente d’autant, et avec lui, le domaine auguste de ce qui dépend de nous, notre empire sur nous-même ; notre présence s’élargit alors que recule le vice et la malignité. Ainsi, l’homme de bien se rapproche-t-il des Dieux par son immensification

Dans les vallées sensibles

Jadis, les humains vivaient isolés, dit-on, les uns des autres, et ne possédaient pas le feu. Ils menaient une existence misérable, réduits qu’ils étaient à manger les glands, d’où leur nom de balanophages. On raconte que, par pitié pour leur triste condition, le feu leur fut accordé par le Ciel, et les hommes s’en émerveillèrent, voyant à quel point cet élément manifestait la lumière Divine dont ils avaient gardé quelque obscure nostalgie. Ils ne tardèrent pas à reconnaître en la flamme la présence d’Hestia, la Mère des Lumières, et se laissèrent persuader par son doux et clair langage de venir se rassembler en son giron pour mener une vie pure et ordonnée, tissant entre eux des relations de solidarité et de mutuelle estime.
C’est ainsi que naquirent les Cités, et que les hommes entrèrent, grâce à Hestia Prytanéenne, dans la parenté des Dieux, devenant des êtres transignés, capables de concevoir l’Inconcevable. Devenus synestioi, Citoyens-convives, les hommes commencèrent à sacrifier et à observer les fêtes, marchant, pour ainsi dire, du pas des Immortels. Et c’est ainsi qu’Hestia, la Déesse de tous les Bonheurs, relia toute cité humaine à la cité éternelle, la Citadelle Céleste des Bienheureux.
Parmi les humains, les uns, sur les bords de l’Océan, la nommèrent Bélisama, d’autres, dans les froidures du nord, Fricca ou Sigyn, Gabija sur les bords de la Baltique et Uraeus sur les bords du Nil. Même dans les Indes lointaines, on la vénère sous le nom de Sitâlâ, brasier où les jeunes fiancées sacrifient lors de leur entrée au foyer.  Mais tous les humains avaient reconnu la Déesse Flammifère et lui rendaient un culte, comme point focal de toute présence, et reflet intime ici-bas de l’Empyréenne Infinité.
C’est pourquoi Numa notre Roi institua pour la Ville une flamme éternelle, qu’il fit garder par six femmes d’exception, le miel des femmes. Et ces six femmes sont vraiment comme des abeilles autour de la flamme, septième et centrale d’entre elles.
Car c’est ici-bas que nous avons l’expérience première des Puissances Divines, et c’est dans la vie quotidienne que s’élabore nécessairement cette expérience. Elle naît dans la corolle de notre âme en sa condition incarnée, comme individu singulier dans la prairie des sens, pris dans le tourbillon des ans et des saisons. Au fil des génération et par la nature des choses s’est élaboré notre Tradition, formulée d’âge en âge par nos législateurs, assidus compagnons des mystères divins.
Chaque cycle liturgique est ainsi comme l’épopée singulière d’un astre divin sous la voûte des temples, qui déroule l’éternité mythique dans la temporalité de nos rites.
Celui de Vesta, comme il est juste, commence avec l’année sacrée, le premier Mars, et culmine entre le 9 et le 15 juin, le cycle vestal par excellence.
Car c’est le premier jour de Mars que les Vierges Vestales allument le Feu Nouveau, jour où Junon Lucine donne l’année au monde et le jour à l’année : tu nobis lucem, Lucina, dedisti (Ovide, Fastes, 3 :255). Ce jour-là, dit « saturnales des femmes », commémore aussi la réconciliation des Romains et des Sabins après l’enlèvement des Sabines, et ce jour est un jour de paix et de sérénité : la lumière est un feu qui se languit d’amour. De nouveaux lauriers ornent les maisons des flamines, et notre Déesse y danse en crépitant d’aise.
Le 6 Mars Elle est honorée conjointement aux Lares de la Ville.
Puis Dame Vesta fournira au Quirites les moyens de se purifier tout au long de l’année et le viatique indispensable à tout acte sacré.
Le 15 avril, lors des Fordicidies en l’honneur de la Terre, les cendres de l’embryon du veau seront pieusement récoltées ; le 21 avril, pour la fête de Palès et l’anniversaire de notre Patrie, les cendres du veau mêlées à celles des tiges des fèves creuses et au sang séché du cheval d’Octobre tombé le 15 octobre serviront aux Romains à purifier leurs maisons et étables, comme fumigation. Ainsi les cendres périphériques des occis dans l’année sont-elles mystérieusement rassemblées vers le centre dont elles contribuent à la régénération.
Entre le 7 et le 14 mai, les Vestales iront de nuit cueillir les épis qui permettront de fabriquer la poudre sacrificielle, la Mola Salsa.
Le 14 mai, les Vestales en deuil jettent dans le Tibre les 27 mannequins d’osier de la cérémonie des Argées.
En juin, toujours en compagnie de Junon, culmine le culte de la Déesse :
Du 7 au 15, les Matrones ont accès au Penus Vestae, habituellement accessible aux seules Vestales ; le 9, le sanctuaire rond bâti par Numa sur le Forum, et qui accueille les objets vénérables que notre Père Enée sauva du sac de Troie, est ouvert. Ce jour, les boulangers honorent Vesta. Les ânes qui font tourner les meules sont honorés de couronnes de pain (la fleur de Vesta n’est-elle pas aussi celle de la farine ?), alors que les meules sont elles-mêmes couronnées de fleurs. Les Vestales offrent à la Déesse la Mola Salsa, indispensable au sacrifice, qu’elles ont confectionné avec les épis d’épeautre et le sel.
Le 15 juin à lieu le grand nettoyage du sanctuaire, et les impuretés (stercus) sont enlevées et portées à la porta stercoraria puis au Tibre (quando stercus delatum fas). Comme la roue à aube d’un moulin éternel, l’année écope le temps, elle irrigue notre quotidien et le draine en même temps. Ses fastes, toujours renouvelés, consument les impuretés existentielles et évacuent les toxines et venins nés de l’écume des jours. Au centre de cette procession circulaire, comme une mère attentive, se tient Vesta, infatigable témoin de nos jeux temporels. Elle est l’essieu des cycles de nos existences, elle est la garante de notre inévitable retour au Foyer Natal. Bienveillante, elle brûle en silence nos ombres et nos troubles. Ainsi, Mère, en ce jour nous Te montrons combien nous sommes conscients de Ta Présence, et combien nous savons que Ta pureté condescend à nos genoux salis dans la cour du Temps. Et nous prendrons en charge, nous-mêmes, les scories du devenir et les poussières de la durée. Puis, nous irons fermer l’huis de Ton temple, jusqu’à l’an prochain, où nous espérons revenir avec un degré de clarté supérieur.
Le 7 juillet, les Vestales participent à l’ouverture de la fosse de Consus dans le grand cirque : progressivement sont ainsi dévoilés tous les étages du monde, pour qu’y pénètre la conscience-présence dont notre Dame est garante.
Le 25 Août, Ops est honorée par les Vestales à la Regia. 
Dans la nuit du 3 au 4 Décembre, les Vestales conduiront les cérémonies de Damia, dite aussi Bona Dea, exclusivement réservées aux femmes.
En février, enfin, c’est la Grande Vestale qui célébrera les rituels des défunts, lors de la Parentatio du 13 en l’honneur de Tarpeia et des Feralia du 21. Et ainsi se termine le cycle de l’an à la lueur du foyer commun du Peuple Romain.
Il nous faut accueillir les Dieux chez nous ici-bas, reflétant ainsi cette générosité qui fit que la Flamme Hypostatique se détacha d’elle-même pour nous communiquer son être. Faire cela, c’est faire acte de réminiscence, et c’est remembrer Celui dont nous sommes tous les membres épars. Cette feuille enflammée qui se détacha jadis de l’arbre chandelier de l’Empyrée pour venir poser son empreinte sur l’humus matériel doit nécessairement remonter, portée par le souffle de nos prières. Flamme certaine, Vesta est parmi nous la boussole absolue qui pointe vers les régions inétendues, nous rappelant l’éternité au cœur du quotidien.
Il n’est qu’une seule Vesta qui brille en une infinité de foyers différents, et la flamme est la même sur toutes les chandelles, éclairant à chaque fois un monde différent en son existence, mais unique en son essence. La Déesse nous enseigne ainsi l’Amour véritable, qui consiste à percevoir en autrui la Flamme divine comme simultanément même et autre, à se laisser embraser par sa rencontre, à se laisser initier par le délicieux mystère de la transpersonnalité, où l’on reconnaît la flamme comme singulière et universelle à la fois.
Vesta berce la braise de notre bonheur dans son tablier. Le bonheur en vérité est l’huile qui découle de ses cheveux, et qui fait luire toute chose de l’éclat de sa joie, celle d’avoir réintégré sa propre nature et de s’y reposer. Car chaque être ici-bas aspire à retrouver son foyer pour y célébrer ses retrouvailles et pour y communier avec l’univers entier.

Ô Vesta, Flamme Sainte,
Fais de mon cœur Ta lampe,
Fais de mes pupilles Ton miroir,
Fidèle témoin de Ta clarté.
Toi, claire conscience partout répandue,
Toujours centrale, en tout lieu, à jamais,
Détermine, Ô Déesse, de ton précieux éclat,
L’angle unique de ma visée
Dans le rayon de ton regard maternel,
Et garde la part qui est mienne dans la roue éternelle
Dont Tu es le moyeu où s’ajuste toute chose,
Toi, ardent fil à plomb des Bâtisseurs du Ciel !

VIVAX FLAMMA VIGET !

Omen sit.

Lupercus scripsit.

vendredi 31 juillet 2015

Le racisme a ceci de paradoxal qu'il ne connaît pas les races !

Il est une phobie de l'autre et de l'universel mais, comme la phobie de l'intelligence ou de la bonté, il est une des choses au monde les mieux partagées. Il est d'ailleurs peut-être (O ironie) la preuve par l'absurde que l'Humanité existe bel et bien, et qu'elle est fondamentalement une.

Une autre preuve paradoxale réside d'ailleurs dans l'extraordinaire diversité des langues : la spécificité humaine, en effet, ne réside pas tant dans le fait d'avoir une langue que dans le fait d'en avoir plusieurs.

L'homme est le pire et le meilleur des animaux, pour paraphraser Ésope : il récapitule en son âme circulaire l'ensemble des vivants, mais par là même il a le choix, en tant que Démiurge Second, de détruire en un clin d’œil ce qui a été construit par des milliers de siècles, et que le Divin regard a couvé de Son amour durant des millions d'années. L'Homme à le pouvoir exorbitant de briser par sa démesure le Miroir des Merveilles. Le racisme, le sexisme et l'homophobie, et, en un mot, tout ce qui est allophobie, c'est à dire haine de l'autre en tant qu'essence, sont des maladies du regard.

La source de ce mal est profonde et haute à la fois : elle est métaphysique. Il est en Dieu une possibilité, la haine de soi, qui ne peut pas ne pas s'exprimer. Mais pour qu'advienne un cosmos harmonieux, il est nécessaire que cette possibilité soit neutralisée, sans pour autant être niée, car alors le cosmos se dissoudrait en lui-même.

Le racisme ne fait pas exception à cette loi : nous avons tous des pulsions allophobes, car notre identité s'est nécessairement construite sur l'autophilie. Mais cette tendance doit être combattue par l'éducation, au même titre que les pulsions de meurtre, d'inceste et de viol qui nourrissent notre volonté de puissance. Si elles prennent le dessus, elles aboutissent immanquablement à la dissolution de l'individu avant sa métamorphose en personne, ce qui équivaut à une sorte de suicide spirituel.

Cela ne constitue qu'un paradoxe apparent, car si le mimétisme et l'universalisme totalitaire provoquent une sorte d'explosion de la personne, il est clair que la haine identitaire, l'autolâtrie, ne peut que provoquer, à l'inverse, après une sclérose de l'âme, une véritable implosion. Dans le premier cas c'est le solve qui est en excès, dans le second, c'est clairement le coagula. Dans les deux cas on est dans l'hybris, la démesure qu'abhorrent les Dieux.

La vérité, comme toujours, est difficile à porter, car elle consiste, pour l'individu imparfait que nous sommes, à assumer la totalité de l'univers. Et c'est cela précisément qui fera de nous une Personne.

 C'est l'enseignement que nous dispensa, non par le discours mais par les actes, le prince des philosophes, Héraklès, lorsqu'il lui fut assigné par la Nécessité de cueillir les pommes d'Or du Couchant, qui sont, peut-être, les heureux fruits de la fin de l'Histoire.

Mais, OUI, le racisme anti-blanc existe bel et bien. OUI, j'en ai été une fois la victime. Mes élèves d'antan, lorsque j'enseignais en des lieux qui, pour être hexagonaux, n'en étaient pas moins un bled colonial, m'assuraient sans ambages qu'en tant qu'Arabes ou que Noirs, ils ne pouvaient pas être racistes, puisqu'ils en étaient victimes. Impossible de leur faire entendre raison. Et tout est là : le racisme apparaît lorsque quelque part la raison se tait, ou qu'elle renonce à elle-même. La raison, cette chose au monde la mieux partagée, dit-on ; le racisme est l'abdication de l'humanité, le renoncement de l'humanité à être elle-même dans le meilleur, et la complaisance de l'humanité à être elle-même dans le pire : une infra-animalité, le braiment de l'âne carnivore qui vit en nous, le grincement de Typhon.

Cette question me tient à cœur, parce qu'elle touche un des fleurons les plus sublimes de la Sagesse de l'Antiquité, dont je m'efforce de suivre les traces, les Mystères d’Éleusis. A mon sens, le racisme s'oppose à la mystique éleusinienne, comme d'ailleurs à toute démarche touchant aux Mystères, quels qu'ils soient.

D'abord, parce que les Mystères des Deux Déesses s'adressent à ceux, qui, il est vrai, parlent clairement, un Grec irréprochable, mais aussi parce qu'ils sont expressément défendus à tous ceux qui n'ont pas les mains pures de la souillure du meurtre.

Or, l'injonction de parler clairement n'est pas, à mon avis, un précepte "identitaire" au sens moderne du terme. C'est en vérité une injonction à être en pleine possession de cette raison qui sous-tend toute humanité : "ce qui se conçoit bien s'énonce clairement et les mots pour le dire nous viennent aisément", énonce Boileau. Cette raison est le meilleur antidote contre la violence, qui fleurit sur le terreau de la parole trouble, du verbe torve et du malentendu ; qui s'épanouit en fleurs vénéneuses sur la parole semi-humaine et pour tout dire barbare, celle des âmes énoncées plutôt qu'énonciatrices, en un mot, l'âme de ceux pour qui l'énonciation se borne à la dénonciation.

Éleusis, d'ailleurs, garde pieusement la trace de son ouverture à l'universel, puisqu' Héraclès bénéficia, en tant qu'étranger à l'Attique, de mesures exceptionnelles pour pouvoir être initié. Avec l'Alcide, c'est l'oikouméné tout entière qui devait ensuite trouver l'accès à la Parfaite Initiation.

Quant à l'exclusion des meurtriers, il est clair qu'il y a là encore une chose profonde à contempler. Le racisme est en effet, en droit, une violence, voire un meurtre en intention, puisqu'il est la négation de l'humanité d'autrui. Il constitue de plus une impiété dans la mesure ou nous n'avons pas la latitude, en tant que mortels, de jauger de la véritable nature des autres vivants de forme humaine. La forme humaine, en effet, nous a été donnée non seulement comme un droit, mais aussi comme un devoir : celui de respecter nos semblables en tant que tels, comme limite assignée à notre volonté par les Dieux. Les Dieux ont opposé l'Homme à l'Homme, afin que l'Homme ne se dissolve pas dans la complaisance de lui-même, mais se rencontre lui-même comme autre, afin de découvrir dans cette rencontre la trace de sa propre divinité et la voie vers son propre dépassement.

Enfin, tous les hommes ne sont-ils pas des Mangeurs de Pain ? Et l'art de semer le grain ne fut-il pas une autre manière de semer l'humanité (une autre naissance de l'Homme, pour ainsi dire) ? Or, il nous est enseigné, dans l'Hymne Homérique à Déméter, que Triptolème au nom béni fut missionné par la Déesse : "tout entière, la vaste Terre se chargea de feuilles et de fleurs - Heureux qui possède parmi les hommes de la terre, la Vision de ces Mystères !". Ne pas assumer l'unité humaine, c'est se mettre du côté du Seigneur de Tant d'hôtes, de l'universalité négative, et refuser de laisser remonter Dame Perséphone au temps propice, la laisser stérile.

 Assumer l'unité humaine, c'est au contraire suivre Déméter Couronnée, sa Fille, la Blonde Coré, et son Fils, Iacchos le Bondissant, et c'est se faire l'héritier des moissons toujours nouvelles depuis l'origine des jours, non seulement en ce monde, mais encore dans l'autre. C'est contempler la seule chose digne d'être contemplée : "l'épi moissonné en silence", ce silence sacré en quoi tout se résout et qui donne ses ailes à toute science.

Iac, iac O Iacché !

mercredi 8 janvier 2014

Janus, le Dieu qui préside aux passages et au changements, nous à ouvert il y a une semaine les portes d'un nouveau cycle, d'un nouveau stade du devenir universel, que doit parcourir un nouveau soleil.

Il ouvre progressivement les portes de l'année, pour nous laisser passer sans précipitation dans les temps nouveaux, pour nous laisser prendre les marques de l'étant nouveau appelé à accomplir une nouvelle phase de son destin, à agir dans le parcours d'un nouvel âge, renouvelant le destin éternel d'une main identique en un acte toujours différent.

"Agir" est peut-être la clé, le mot de passe de la fête de demain, l'Agonium Januarium du 9 janvier, célébré en l'honneur du Dieu Bifrons par le Rex Sacrificulum qui sacrifie dans la Regia, l'ancienne maison des Rois, le cœur même de la Ville.

Or, c'est un bélier qu'il sacrifie, quoi de mieux en vérité pour nous ouvrir les portes de la clarté nouvelle ? Car le bélier, nul ne l'ignore, est un animal solaire, igné, qui ouvre le chemin et conduit le troupeau. Festus nous dit que cette fête vient du mot agonalia, synonyme de hostia : "victime". Et c'est bien là la première victime qui tombera sur le chemin de la transhumance céleste : il conduira le troupeau resplendissant des autres victimes porte-fêtes pour porter aux Dieux nos espoirs, nos reconnaissances et nos joies de l'an qui vient.

Mais Varron nous parle, lui, de agone : "que fais-je" ? Interrogation primordiale de l'humain ici-bas, avant que soit engagé le cycle éternel de l'action rituelle. Question métaphysique de celui qui va passer de la puissance à l'acte, en suspens devant le champ vierge des possibilités encore inviolées.

Paradoxalement, une fois occis le bélier, débutera son galop. Le voilà parti dans les étoiles, il caracolera toute l'année dans les prés d'azur, nous revenant au printemps dans le zodiaque pour allumer les feux du soleil incitateur des actes. Pour moi, même si c'est probablement un pur hasard, je ne peux m'empêcher d'entendre Agni dans les Agonales, et Savitar dans l'invitation à agir que nous donne ce premier sacrifice, "agir sacré"...

Voici que sont béantes les portes de l'année, les deux battants s'écartent maintenant sous les coups de boutoir d'un bélier impatient d'en découdre...Voici que sont lâchées les puissances nouvelles qui s'élancent déjà vers leur réalisation.

Peut être les deux faces de Janus sont elles les deux battants de cet huis, et peut être vont elles maintenant se personnifier, ces puissances de réalisation, pour nous accoucher, nous et nos actes, vers une lumière nouvelle. Elles accompagneront sans doute nos hésitations et nos remords de leur ambiguïté, postvorta, antevorta...

Mais elles sauront nous pousser vers l'avant de leur fécond travail, Carmenta, et faire jaillir la source de notre créativité, Juturna, aidées des Camènes aux chants mélodieux, qui irriguerons notre chemin de leur verve prophétique.

Vous qui avez accompagné mes premiers pas dans la combe enchantée, Ô Camènes sacrées, toujours je serai vôtre. Le moment venu, après la promenade ensoleillée, vous me ramènerez je le sais dans le Jardin d'Antan, lorsque l'abeille qui habite mon cœur aura fini de butiner la corolle variée des choses et qu'elle s'en sera allé dans la ruche du ciel pour faire son miel du pollen tiré de l'expérience

lundi 15 juillet 2013

Un carmen pour Pompéi, que je n'ai jamais vue et dont on dit qu'elle se dégrade si vite.

Ne laissez pas sombrer la Venise des Temps
Ni ne perdez ses rues irriguées de mémoire
Avant que j'aie pu voir les eaux de ce miroir
Que j'aie pu contempler les corps des Dieux d'Antan
Entrevus par hasard dans les eaux d'un canal
Image reflétée sans son original

   Vulcain qui gronde au loin ne le permettrait pas.

Ne laissez pas sombrer la Venise des Temps
Avant que j'aie croisé au détour de ses rues
Parcourant ses canaux sur des eaux révolues
L'ombre au masque de pierre d'un de ses habitants
Marchant dans le cortège, funeste carnaval
Qu'un cruel jour des cendres occit d'un glas fatal.

   Vulcain qui gronde au loin ne le permettrait pas.

Ne laissez pas sombrer la Venise des Temps
Avant que j'aie scruté ses alluvions secrètes
Et les limons obscurs des courants obsolètes
Où s'écrit l'épopée de ce nuage ardent !

Ne laissez pas s'enfoncer la Maison des Mystères
Dans les acque alte des lacunes du Temps
Ne laissez pas l'oubli prévaloir ! faites taire
De ces siècles avides le clapotis des dents !

   Vulcain qui gronde au loin ne le permettrait pas.

dimanche 7 juillet 2013

Lettres sur l'Atlantide

   L'article qui suit est le résultat de la correspondance que j'ai échangée avec un ami sur le mythe de l'Atlantide. Il en reprend les idées principales et prétend les développer et les approfondir.
 
   Quoi de plus passionnant et de plus mystérieux que l'image de ce continent perdu ? Quel sujet plus adapté pour qui prétend naviguer sous des latitudes spirituelles ? Mais quel sujet, en même temps, plus glissant pour le petit monde du Paganisme francophone en sa période formative ?
 
   Car ce continent est d'abord le lieu où se sont donné rendez-vous depuis des siècles tous les délires possibles et imaginables. C'est la pierre d'achoppement du réel et de l'imaginaire, le miroir aux alouettes des occultistes de tous poils, avec ses frères en géographie occulte que sont Mû et Lémuria...
 
   Qu'on attende pas de moi une énième affirmation du caractère réel et géo localisé de l'Atlantide à coup de longues démonstrations tectonico-archéologico-ufologiques : ce n'est pas la tectonique des plaques qui m'importe ici, mais la tectonique des âmes.
 
   Car l'Atlantide relève d'une géographie qu'Henry Corbin aurait volontiers qualifiée d' "imaginale" : celle des continents de l'âme, qu'il est vain de chercher sur les cartes, et dont il est encore plus vain de chercher des vestiges ailleurs que dans Platon.
 
   Et non seulement ce continent d'outre-occident ne relève pas d'un autre espace que celui du désir, mais il relève encore d'une Histoire différente, tissée d'évènements éternels, dont la succession obéit à une nécessité intérieure, qui est celle des métamorphoses jalonnant la vie des âmes. Les saisons qui scandent le climat de telles contrées sont celles d'un temps des profondeurs, le temps d'avant la naissance. C'est, comme dit Salloustios à propos des mythes, le temps des choses "qui n'eurent jamais lieu, mais qui furent toujours".
 
   Les amateurs de Triangles des Bermudes ayant donc été débarqués (à la grande joie de mon ami et correspondant), je pus embarquer tout à loisir en bonne compagnie pour aller explorer les parages de ces terres improbables afin de rendre compte de leur topographie sacrée, et, les Dieux aidant, d'en tirer des enseignements utiles à mon métier de navigateur du sens.
 
   Tout d'abord, il convenait à mon sens de préciser le rôle majeur que joue ici Poséidon, le Seigneur de ce continent Platonicien.
 
    En tant qu'Ennosigaios et que Gaïeochos, il est le "Seigneur et Maître" de la Terre, et son époux. En tant que Dieu des séismes, il la secoue d'ailleurs à tous les sens du terme...Puisqu'il est le très fécond (Genesios), le fondateur de nombreuses lignées humaines dans tout le monde Grec. En un sens, il est  le Seigneur de l'Existence et du Devenir, dont il préside les plans et les cycles. Par rapport à ses frères divins, il occupe en effet la position médiane, et, pour ainsi dire, équatoriale dans la sphère de l'Etre. Rien d'étonnant dès lors à ce qu'il soit le fondateur de la lignée des Rois Atlantes.
 
   Mais il y a autre chose, il est vrai, car, dans la plupart des Cités Grecques, le Dieu se trouve à l'origine de leur existence géographique même (aussi l'appellerai-je volontiers le Choroplaste, le "faiseur de pays"). Mais ensuite, il perd systématiquement la partie avec les autres divinités dans sa rivalité avec elles pour le titre de poliade. C'est par exemple le cas avec Athéna, qui représente l'exact opposé de Poséidon et son complémentaire parfait dans le Panthéon : elle est calme et réfléchie quand lui, Dieu des tempêtes, est furieux et impulsif ; elle est verticale et axiale quand il est périphérique et horizontal comme la mer qu'il dirige ; elle est unique lorsqu'il est nettement marqué par la dualité (voir à ce sujet les nombreux jumeaux qui parsèment son mythe), dans son double règne chthonien et maritime, dans son double mois hivernal de Poseideion qui répond au mois estival de Skirophorion consacré à la Déesse, etc.
 
 
    La spécificité posidonienne de l'Atlantide s'exprime d'abord dans la propension des Atlantes à être arrogants et égoïstes, ce qui correspond à la dégénérescence de leurs qualités premières de puissance militaire et de prospérité. S'ils subissent une catastrophe, dit Platon, c'est en effet que l'élément divin a fini par céder le pas chez eux à l'élément humain. Or Poséidon est à mon sens, en tant que Dieu fécond des fondations, celui qui donne à toutes choses l'impulsion initiale, et qui lance l'expansion indéfinies des ondes dont il est le Maître, en tant que Seigneur des colonisations. 
 
   Or, cette extension indéfinie des horizons, si elle ne trouve pas son terme nécessaire, finit par se retourner contre elle-même en contrariant son propre mouvement générateur. Ainsi, l'onde qui s'est élancée vers les confins revient-elle sous la forme d'un Tsunami pour détruire ce qu'elle avait elle-même créé par son propre départ. Sans le mors d'Athéna Hippia, Poséidon Hippios en son galop sans fin s'épuise et meurt...Le Dieu, en conjonction avec son céleste Aîné en tant que co-démiurge, préside aux cycles et aux périodes qui rythment l'espace-temps. Les enceintes concentriques de l'Atlantide ne sont à mon sens rien d'autre que la marque de Poséidon, autant que l'image de l'incomplétude constitutive des Atlantes. Elles sont comme les cernes de croissance d'un arbre généalogique, qui est en même temps l'arbre phylogénétique de toute évolution, édifice toujours inachevé.
 
   Car les habitants de l'Atlantide sont marqués au fer de l'incomplétude : obéissant à une logique profane et quantitative, ils sont enchaînés au plan équatorial de la sphère ontologique dont ils cherchent à exprimer et à épuiser toutes les potentialités par leur logique d'expansion indéfinie, tournée en permanence vers la surface de ladite sphère. L'activité "atlantéenne" est, par excellence, celle de la course au profit et aux performances technologique, mais elle se limite au plan matériel.
 
   La défaite des Atlantes devant la proto-Athènes imaginée par Platon est également emblématique de cette opposition paradigmatique entre un peuple "extérieur" et quantitatif et un peuple "intérieur", qualitatif et tourné vers l'essentiel, borné quant à lui par la verticalité de l'Olivier de la Sagesse, mais voué à la victoire par sa plénitude même. Le peuple d'Athéna est le "mors" que la Déesse met en quelque sorte sur les gens de l'hybris. Et Poséidon lui-même n'y est pas étranger, qui préside aux commencements comme aux catastrophes. Conjointement à Zeus qui déclenche les déluges (kataklysmoi), le Dieu au Trident, en tant que Seisichthon, tantôt exhausse et tantôt engloutit les terres dont il conduit la destinée (comme on le voit aussi dans l'Odyssée avec les Phéaciens).
 
   Tout se passe donc comme si les Athéniens étaient les habitants de droit du plan équatorial de la sphère ontologique, dont ils occupent le centre en tant qu'archétype de l'humanité conforme à la sagesse, et à ce titre  tournant le dos aux Atlantes, car orientés, eux, vers le centre. Il faut se les représenter tournant pieusement autour de leur axe, qui est pour eux le seul chemin possible d'expansion, chemin vertical qui les conduit nécessairement hors du plan et les fait accéder aux régions polaires de la sphères, soit par le "haut", vers le pôle essentiel de l'existence, soit par le bas, vers le pôle substantiel.
 
   Car l'activité "athénienne" est une activité immobile, contemplative, qui consiste à connaître la réalité de l'intérieur, non par le biais de sa dimension quantitative mais au contraire par celui de sa dimension qualitative, non par une course vers l'extérieur mais par une course vers l'intérieur, qui est celle des chars ailés du Phèdre. Ce voyage intérieur, auquel nous aspirons nous même, s'effectue par une forme d'enseignement qui n'est pas pédagogique et démonstrative mais initiatique et monstrative (symbolique). Cet apprentissage ne consiste pas en effet à apprendre une doctrine exposée de manière discursive (mathein), mais à éprouver une situation mythique (pathein) qui ébranle l'âme et qui l'incite à passer sur le plan vertical pour entamer son voyage autour de cet axe providentiel que représente l'arbre de la Déesse aux Yeux Pers.
 
   Lorsqu'on à délimité avec soin ces deux peuples mythiques que tout semble séparer, on peut chercher à comprendre le sens des territoires qu'ils habitent et leur expression spatiale dans le mythe platonicien. Il est clair que le secret de cette dichotomie radicale réside dans les fameuses Colonnes d'Hercule. Il me semble en effet qu'elles constituent la frontière symbolique entre le monde mythique et le monde empirique. J'aime aussi à penser qu'elles sont une sorte d'axe de symétrie de cette géographie mythique. Cela n'a rien d'extraordinaire quand on connaît par ailleurs le gout du père Platon pour les symétries spatiales ou temporelles et sa propension à l'ingéniosité mythopoiétique.
 
   Pourquoi ne pas imaginer, en effet, que Platon a inversé le domaine respectif des terres et des mers de part et d'autre des Colonnes d'Héraclès, c'est à dire les deux règnes opposés et complémentaires de l'Ebranleur, en faisant des Atlantes le peuple dominant et central d'un continent dont la Méditerranée actuelle ne serait alors qu'un appendice oriental, aux confins duquel végéterait la petite cité des Athéniens aux bords endormis du Golfe d'Attique, sur la Plaine d'Egée aux mille lacs...
 
   Et que seraient alors les puissants Atlantes, si ce n'est une préfiguration de notre propre civilisation (de nombreux commentateurs y ont vu d'ailleurs l'Athènes de Platon elle-même, à savoir le peuple actuel opposé au peuple mythique), tant il est vrai que, dans une conception cyclique du temps, un évènement situé dans un très lointain passé peut légitimement être considéré comme une prophétie concernant un non moins lointain avenir.
 
   Dès lors, il serait intéressant de construire une anthropologie et une eschatologie atlantéennes, qui servirait à décrire de manière mythique le devenir des Occidentaux que nous sommes. Si les Atlantes "incarnent", pour ainsi dire, l'incomplétude ontologique, car il leur "manque un étage", ils sont confinés sur le plan physique et n'on donc pas, par construction, accès au métaphysique. Autrement dit, il leur manque seulement de...mourir, c'est à dire d'être initiés à une réalité qui les dépasse (si j'utilise ses deux verbes, c'est à dessein, puisque le grec téleutein qui signifie "mourir" est si près de télétê : l' "initiation"). Si j'étais un forge-fable comme l'était le Divin Platon, j'oserais donc imaginer une bataille où, chaque fois qu'un fer attique transperçait une chair atlante, le second se transformerait en le premier. Bref : ce qui manque aux Atlantes, c'est d'être Athéniens, c'est à dire de former un chœur autour de l'Olivier Sacré qui permet de transgresser l'horizon ontologique.
 
   Mais il convient bien sur de nuancer des propos si dualistes ; l'opposition de ses deux paradigmes ne saurait être aussi tranchée : à l'échelle des civilisations, qui sont des êtres collectifs, la composante "Athénienne" et la composante "Atlantéenne" cohabitent comme des tendances, ayant ici ou là des rapports différents suivant la civilisation envisagée.
 
   Pour ce qui est des individus, c'est évidemment différent : si les deux tendances sont présentes en nous, un choix s'impose nécessairement à un moment donné du périple existentiel. En effet, si l'on poursuit la métaphore de la sphère ontologique, un seul homme ne peut avancer à la fois dans deux directions opposées. Or il se trouve nécessairement, hic et nunc, sur la base d'un cône dont le sommet est le pôle nord et la base étant le plan équatorial de ladite sphère.
 
   Pour s'élever, un tel homme aura le choix de passer par l'axe central ou par la surface externe de la sphère. Or, si cette dernière a comme je le crois des propriétés comparables à celle que décrivent Hermès Trismégiste ou Nicolas de Cues, son "centre étant partout et sa circonférence nulle part", il s'ensuit que l'homme qui se dirige vers la dernière se perd, alors que celui qui choisit de passer par le premier le trouve toujours près de lui, voir en lui. L'homme qui choisit la voie Atlante s'éloigne de manière indéfinie, celui qui choisit la voie Athénienne se rapproche de lui-même et de l'Infini. Plutôt que de courir après une hypothétique hypoténuse qui, comme la biche de la fable, s'éloignera toujours plus au fur et à mesure de la traque, et d'aller se perdre dans des déserts illusoires, restons au pied de notre arbre où nous vivrons heureux.
 
  

samedi 12 janvier 2013

     Voici venir le solstice, la porte étroite qui voit le soleil arrêter son mouvement de descente sur l'horizon, comme s'il hésitait à plonger dans l'infra-monde ou à reprendre au contraire son ascension pour éclairer et réchauffer les vivants une fois encore.
 
     Deux Déesses président à ce passage étroit des brevissimi dies (Brumalia) ; chacune porte de nombreux surnoms, mais elles sont toutes  deux considérées comme "Mère des Lares", ces esprits du lieu qui se manifestent volontiers sous la forme de serpents, et que tout Quirite se doit d'honorer au plus sacré de son foyer.
 
     La première Déesse est célébrée le jour même du solstice, le 21 décembre, lors de la fête des Divalia ou Angeronalia. Elle se nomme Dea Angerona, Anguitia, Tacita ou Muta. Ces noms nous indiquent deux registres symboliques susceptibles de nous éclairer sur la nature absconse de cette Déesse :
 
     Les théonymes Angerona, Anguitia pourraient s'expliquer par anguis, le serpent, qui est, comme on a vu, l'épiphanie de prédilection des Dieux chthoniens anonymes du foyer, les Lares (ou le Lar). Le serpent, long, étroit et sinueux, s'enfonce aisément dans les profondeurs obscures du sol dont il connait les arcanes et dont il est censé favoriser la fertilité. En outre, le reptile mue, et son exuvie peut aisément symboliser la vielle année, le vieux soleil que l'on s'apprête à quitter. Anguitia, la Dame aux Serpents, serait donc la mère du soleil, celle qui favorise sa mutation : le soleil hivernal est en effet comme un soleil ophidien (cette comparaison du soleil et du serpent peut aussi faire allusion à son parcours annuel à travers le zodiaque), qui pour ainsi dire rampe sur l'horizon.
 
     Angerona peut également faire référence à angor, l'angoisse ressentie durant les jours obscurs de la fin de l'automne. La Déesse qui nous ouvre l'hiver est considérée comme secourable : elle est censée soulager les angoisses, les tristesses et les douleurs de la sombre saison. Elle aise le soleil affaibli à se frayer un passage difficile à travers les ténèbres. Elle a donc un rôle éminemment initiatique, puisqu'elle conduit ad augusta per angusta, et donne à nos âmes meurtries, pour peu qu'on veille bien écouter sa parole, la grâce de la palingénésie.
 
     Mais cette parole est silencieuse, comme nous l' indique en effet la deuxième série de noms de la Déesse. Elle est  "Celle qui se tait" (Tacita), la "Muette" (Muta),et se montre à nous sous l'apparence d'une statue dont bouche bandée, sur laquelle elle a, comme par précaution supplémentaire, posé son doigt en signe impérieux de silence.
 
     Une histoire sacrée, bien entendu, prétend rendre compte de cet étrange et inquiétant mutisme.
 
     On dit qu'elle surprit jadis les plans que tramait Jupiter pour capturer sa soeur Juturne, Déesse des sources et des fontaines, afin d'abuser d'elle. Anguitia prévint alors Junon de l'infidélité de son divin Epoux, mais ce dernier, pour la punir, paralysa sa langue et la relègua aux Enfers, où Mercure reçut la charge de la conduite. Mais sur le chemin, le Dieu au Caducée la viola et la rendit mère des Lares Compitales (les esprits des carrefours, célébrés au début de janvier lors des compitalia).
 
     D'autres étiologies rendent encore compte de ce silence divin. 
     La Déesse garderait par exemple, derrière ses lèvres closes, un nom secret entre tous : le nom même de la Ville, mot secret et sacré qui devait être soigneusement tu afin qu'il ne puisse être utilisé contre Rome, selon les théories sur la valeur magique des noms, dont les Anciens faisaient grand cas.
 
    Ou bien, nous dit Georges Dumézil dans son étude Deux Déesses Latines , le silence mystique de la Déesse serait destiné à rendre sa puissance, ainsi contenue, plus efficace pour accomplir sa mission de passeuse de soleil, selon une méthode comparable à celle des prêtres védiques dont le mutisme rituel devait décupler l'efficacité du sacrifice.
 
     Mais on peut aussi penser que cette Mère Muette, aux harmoniques résolument chthoniennes, est une des nombreuses formes de la Déesse de la Mort dans l'Italie ancienne...On la rapprochera volontiers de la mystérieuse Sigê, personnification du Silence dans les cosmogonies orphiques. Cette Déesse primordiale nous renvoie à une absolu sans sons, un chaos précosmique précédant tout langage et qui n'est pas sans relations avec notre Tacita présidant au début d'un nouveau cycle annuel dans une nature endormie ou nul chant d'oiseau ne résonne dans la forêt enneigée. Cette quiétude-là m'a toujours rempli d'un sentiment de plénitude sacrée, me renvoyant aux draps blancs de ma propre enfance.
 
     Cette Mère des Lares recevait son sacrifice dans un temple qui ne lui était pas dédié, mais dans le sanctuaire d'une certaine Volupia, dont le nom évoque la volupté sans pour autant la confondre avec elle. Il s'agirait plutôt d'une Dame du Contentement, du Désir satisfait (notons ici l'écho avec Saturne et Ops), qui annonce une autre Déesse, fêtée le 23, comme si l'une passait le relais à l'autre en une subtile mutation. La muette Lara (c'est là encore un de ces noms), devenue bavarde (Lalla), cède alors le pas à une autre Mères des Lares, dont on dit qu'elle fit jadis commerce de ces charmes....
 
     Et vient alors le temps d'honorer Acca Larentia, le 23 décembre, pour les Larentalia.
 
     La Mère des Lares s'est dédoublée. Cette fois, elle est Acca ou Atta Larentia, la "Petite Mère", qui personnifie la fécondité des germes enfouis sous la terre, dans la profondeur féconde qui reçoit pêle-mêle les semences et les Mânes. Cette Mère est elle-même une Mère Morte, une terre endormie : elle reçoit en effet un sacrifice sur sa "tombe" (combien de Dieux n'ont-ils pas de tombeaux ?) dans le quartier commercent et populeux du Vélabre, où l'on dit qu'elle vécut il y a bien longtemps. Car on ne sait plus ici où commence la Déesse et où finit la femme...
 
     La légende des origines de la Ville raconte qu'elle fut autrefois une amante d'Hercule, ce héros dont nulle terre ne se veut orpheline et qui parcourut le monde pour y semer les grains de la civilisation comme ceux de sa postérité.
 
     On raconte que le fils d'Alcmène, de passage en Italie comme il revenait de s'assurer des Boeufs de Geryon, fut invité à jouer aux dés par le gardien de son propre temple, sous le règne lointain du roi Ancus Martius. Comme enjeu, le desservant lui promit la plus belle fille de Rome et un repas à ses frais dans le sanctuaire. Il perdit, comme il se doit, et dut procurer à son heureux adversaire une jeune beauté, Larentia ou Larunda, dont le métier était de faire le commerce de ses charmes. A cette époque, les habitants des bords du Tibre appelaient lupa (louve), une femme professant un tel métier, et lupanar le lieu où il s'exerçait.
 
     Après avoir pris son dû, Hercule quitta Rome, non sans avoir recommandé à Larentia d'épouser un riche barbon de Toscane répondant au nom de Tarutius. La belle ne se fit pas prier, et comme le bon étrusque ne tarda pas à mourir, elle hérita de son immense fortune. Elle s'installa au Vélabre et fut, sa longue vie durant, bienveillante envers les humbles et les nécessiteux. Bonne fille, elle léga à sa mort sa fortune au Peuple Romain. On dit qu'elle disparut sans laisser de trace...Et pourtant, c'est bien sur sa "tombe" qu'un Pontife et le Flamine de Quirinus, invoquant aussi à cette occasion Jupiter, honorent cette Larentia/Larunda/Larentina, considérée, quoique réputée Sabine (mais nous savons depuis Dumézil que cette origine géographique est en fait une connotation symbolique), comme la Mère du Peuple Romain ("tanta nutrix Larentia gentis", Ovide, Fasti, III, 55).
 
     Car la référence à la Louve n'est évidemment pas anodine. Larunda est aussi considéré comme Fauna, la femme du berger Faustulus du Palatin qui recueilli et nourrit Romulus et Remus élevés par la Louve sous le figuier Ruminal des bords du Tibre. On raconte que cette généreuse nourrice était déjà mère de douze enfants qui deviendront plus tard les Frères Arvales. L'un d'eux mourut et fur remplacé par le petit Romulus, qui devint le Dieu Quirinus après son apothéose. Certains disent que sa "mauvaise conduite" (elle buvait du vin !) lui aurait valu d'être battue à mort par son mari, et d'être surnommée "lupa".
 
     Nous venons d'ouvrir deux portes : la première, tenue par des Dieux (Consus et Saturnus) très voisins, à libéré les grains de l'abondance et donné libre cours au chaos créateur ; la seconde, gardée cette fois par les deux Mères des Lares, la Muette et la Bavarde, nous a fait traverser le gué de l'angoisse pour nous porter sur l'autre rive, au delà de l'an présent. Le soleil peut jaillir, désormais, des brumes indécises, et triompher des ténèbres, pour entrer dans l'an neuf et chasser les miasmes malsains de l'an vieux qui s'accroche encore à la vie.
 
      On saluera donc demain le Soleil Invaincu, et l'on conclura ensuite l'étude du  Cycle Solstitial de la Mos Maiorum, la Coutume des Anciens dont nous avons à coeur d'approfondir les arcanes pour mieux la pouvoir suivre...